Nationalisation du secteur de santé en Afrique du Sud : une fausse bonne idée

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Nationalisation du secteur de santé en Afrique du Sud : une fausse bonne idée

Les propositions contenues dans le Livre blanc sur l'assurance de santé nationale (National Health Insurance, NHI), si elles sont adoptées, se révéleront un désastre absolu, non seulement pour les soins de santé en Afrique du Sud, mais aussi pour l'économie en général.

Ce Livre blanc vise essentiellement à nationaliser les soins de santé et à accroitre l’interventionnisme du gouvernement dans cette sphère la plus privée et la plus personnelle de nos vies. D’évidence, ces propositions réduiront la qualité des soins de santé en Afrique du Sud, feront fuir plus de professionnels de la santé hors du pays, et créeront une bureaucratie incapable de gérer l'énorme volume de demandes, fardeau inutile et intolérable pour le gouvernement et les contribuables.

Pour le Pr Thomas Sowell de l'Université Stanford : « Il est étonnant que les gens qui pensent que nous n’avons pas les moyens de payer nos soins médicaux puissent penser que nous pourront subitement payer ces soins plus une lourde bureaucratie publique pour les administrer ».

La publication du Livre blanc aurait du recevoir une importante couverture médiatique car les mesures affectent les citoyens dans leur ensemble de même que les générations à venir. Il signe en plus un changement politique important qui nécessitera une réforme globale du secteur de la santé. Pourtant, le ministère de la Santé a choisi une période très mouvementée dans le pays qui recevait trois ministres des finances dans la même semaine. Durant la période, le rand était en chute libre, les investisseurs (étrangers et nationaux) retiraient frénétiquement leurs placements, et pour dire les choses crûment, l'économie était et demeure largement en crise.

Le taux de croissance économique de l'Afrique du Sud en 2015 a atteint à peine 1,3%, et le Fonds monétaire international (FMI) a récemment revu à la baisse ses prévisions de croissance économique pour 2016 de près de moitié à 0,7%.

Ce contexte semble peu favorable à la mise en œuvre d’un nouveau système de santé. Il est à craindre que la mauvaise gestion fragilise les populations. Si le système ne fonctionne pas, ceux qui ont payé leurs cotisations pour rien ne seront plus en mesure de payer d’autres soins de santé privés.

L’Afrique du Sud ne serait à s’interroger, partout dans le monde, les systèmes de la santé sont de plus en plus sous la pression de la hausse des dépenses. Par exemple, un titre dans The Guardian soulignait que: « la NHI [britannique] est en difficulté et que son directeur général a demandé 8 milliards £ [184 milliards de Rands] pour la sauver ». Si, un pays avancé et développé, qui a un PIB par habitant (PPA ajustée) plus que trois fois supérieur à celui de l'Afrique du Sud (38178 $ vs 12446 $), a du mal à répondre aux demandes des patients dans le cadre de la politique de « soins de santé gratuits pour tous », il est irréaliste de penser qu'un pays pauvre, en voie de développement tel que l’Afrique du Sud sera en mesure de le faire.

Plus important encore, ce n’est pas le rôle du gouvernement d'assumer la responsabilité de la « santé de la nation ». L'idée même d'une assurance de santé nationale nourrit une perception générale erronée selon laquelle le gouvernement est la source fondamentale des services de notre santé et a donc le droit de réglementer les activités des particuliers et des opérateurs du secteur privé.

Le gouvernement n'a pas à fournir des « soins de santé gratuit pour tous », c'est une utilisation catastrophique des ressources rares des contribuables. Les dépenses supplémentaires dans un secteur quelconque de l'économie se fait inéluctablement au détriment des dépenses dans un autre. En d'autres termes, si le gouvernement augmente ses dépenses dans le domaine de la santé, cela signifie nécessairement qu'il y aura moins d'argent disponible pour l'éducation, la police, la résolution de la crise de l'électricité du pays, etc.

Le rôle du gouvernement devrait être de financer les soins médicaux au profit des plus pauvres en faisant appel à des fournisseurs privés. Pour ce faire, il doit permettre et encourager la croissance rapide du secteur privé de la santé.

Nous sommes actuellement à un tournant décisif nous avons le choix entre la déréglementation du secteur privé de la santé ou un contrôle plus strict règlementant notre santé depuis le berceau jusqu'à la tombe. Nous devons avoir le courage de dénoncer la catastrophe qui se profile et changer de cap avant qu'elle ne soit commise.

Jasson Urbach, analyste pour The free market Foundation - Article initialement publié en anglais par la Free Market Foundation - Traduction réalisée par Libre Afrique - Le 26 février 2016.