Liberté africaine : mythe ou réalité ?

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Liberté africaine : mythe ou réalité ?

Le 15 avril 1958, à Accra, au Ghana, les dirigeants africains et des militants politiques se sont réunis à la première Conférence des États africains indépendants. La Conférence a appelé à la création de la journée africaine de la liberté, une journée pour « évaluer chaque année le progrès du mouvement de libération, et pour symboliser la détermination du peuple d'Afrique à se libérer de la domination et de l'exploitation étrangère ».

Cinq ans plus tard, précisément le 25 mai 1963, les dirigeants de trente-deux États africains indépendants se sont réunis pour former l'Organisation de l'unité africaine (OUA). Dans l’intervalle, plus des deux tiers du continent avaient accédé à l'indépendance. Lors de cette rencontre la date de la liberté africaine est passée du 15 avril au 25 mai. Cette date a ensuite été déclarée journée de la libération africaine.

Ceci est très important en ce sens que les Africains doivent en effet être libérés conformément à leurs propres aspirations. La question est : est-ce que l'Afrique a réalisé les aspirations de ses dirigeants fondateurs à cet égard ? Les expériences négatives que nous avons vécues en tant que peuple sous le joug du colonialisme ont-elles été dépassées ?

L'indépendance des pays africains a coûté cher. De braves hommes et femmes ont versé leur sang pour notre indépendance. Nous avons vu dans les premières étapes que nous, peuples africains, jouissions de la liberté politique alors que nous continuons à lutter pour la liberté économique. En quelques années, nous avons vu la cupidité de quelques dirigeants éclipser les besoins de la majorité de la population. Les libertés politiques ont été rapidement retirées. Les partis au pouvoir ont transformé les pays en États à parti unique.

Cette période a été caractérisée par un niveau sans précédent d'oppression politique l'appareil d'État a été utilisé pour réduire au silence toute forme de dissidence, souvent de manière brutale. Les partis au pouvoir ont confondu leurs ressources avec celles de l’Etat. La flagornerie politique s’est imposée.

La Zambie n'a pas fait exception à cette sombre époque malheureuse d’intolérance politique. Les voix discordantes ont été brutalement écrasées. La nation a été mise dans un état d'urgence perpétuel sur fond de cruauté. Les Zambiens, contre toute attente, se sont soulevés et ont démantelé le système du parti unique en 1990. Nous avons assisté à une tentative sérieuse de renversement au cours de l'échec du « projet de troisième mandat ».

La situation est toujours précaire aujourd’hui en Zambie. Les réunions des partis politiques de l'opposition sont perturbées par la police. Les dirigeants de l'opposition sont traînés devant les tribunaux au nom d’accusations futiles. Les Zambiens se regroupant pour accompagner leurs dirigeants politiques sont envahis par des véhicules, les tentatives d'assassinat sont devenues monnaie courante. La liste des éléments qui atteste de la remise en cause des libertés politiques est trop longue.

Aucune tentative sérieuse n’a été faite en Afrique en général et en Zambie en particulier afin de donner aux gens la liberté économique. La vie a été réduite à « la loi de la jungle » pour survivre. Les services sociaux de base tels que l'éducation, la santé, l'eau et l'assainissement sont tous en chute libre.

Si les gens ne peuvent pas recevoir une éducation de qualité, ne peuvent pas accéder à des soins de santé et ne peuvent pas avoir accès à de l’eau potable et aux installations d’assainissement, de quel genre de libération parlons-nous ? Si les gens ne peuvent pas critiquer le gouvernement ouvertement, sans crainte de représailles, de quel genre de libération parlons-nous?

L'Afrique compte la plupart des plus anciens présidents toujours en service, qui ont presque tous manipulé les constitutions pour se perpétuer au pouvoir. L'Afrique abrite tristement six des dix plus anciens présidents dans le monde dont le plus ancien président dans le monde entier, avec 37 ans de mandat et ce n'est pas fini. Un tel constat n’est pas de nature à nous rendre fiers.

Il ne peut y avoir de libération si les gens ne sont pas libérés économiquement. Les gens doivent être éduqués pour prendre des décisions, y compris le choix du type de dirigeants qu'ils veulent.

La Zambie prétend être libérée du colonialisme, pourtant la loi sur l'ordre public qui a été utilisée par les colons est toujours en vigueur. Nous semblons avoir changé de DJ mais nous jouons la même musique et certaines notes se répètent à l’infini. Compatriotes, laissez-nous jeter un regard sans concession sur d’où nous venons et nous voulons aller. nous voulons aller d éterminera le type d’hommes dont nous avons besoin pour réaliser notre objectif.

Par Hakainde Hichilema, Président du Parti Uni pour le Développement National (UPND), Zambie. Article initialement publié en anglais par African Excutive - Traduction réalisée par Libre Afrique - Le 20 juin 2014.