Iran : L'échec des sanctions

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Iran : L'échec des sanctions

Avec la nomination par le président Barack Obama du sénateur Chuck Hagel en tant que secrétaire américain à la Défense, la question de l’Iran, et en particulier des sanctions économiques, promet de rester sur la table. Hagel a été fustigé par les néo-conservateurs et certains partisans de la ligne dure pro-Israël pour avoir osé questionner (par le passé) le fait que les sanctions sont la meilleure façon de contrer les ambitions nucléaires de l’Iran. Et il s’avère effectivement que les sanctions n’ont pas réussi à forcer Téhéran à abandonner son programme nucléaire. Les sanctions ont une longue histoire d’échec derrière elles.

Cela dit, il est vrai que les sanctions ont modifié le modus operandi de la finance et du commerce en Iran et ont également contribué à la malheureuse inflation de l’Iran. Depuis que l’hyperinflation a fait son apparition, en Octobre, le gouvernement iranien a tenté de soutenir sa monnaie défaillante afin d’arrêter la spirale infernale dans laquelle se trouve son économie, mais ce, par la force et la tromperie. En un sens, et dans une  mesure limitée, ces tactiques oppressives semblent avoir « marché » puisque le taux d’inflation de l’Iran a quelque peu diminué depuis le sommet atteint en Octobre 2012. Pourtant, en utilisant des données de marché objectives et une méthodologie bien établie, j’estime que l’Iran a connu un taux d’inflation annuel de 110% en 2012 - un taux qui est près de quatre fois plus élevé que le taux officiel de 27,4%.


Alors que le taux annuel d’inflation de l’Iran reste très élevé, sa spirale hyperinflationniste a été contenue, au moins pour le moment. Au-delà de l’établissement par le gouvernement d’un régime compliqué de taux de change multiples et la suppression du trading de devises, les Iraniens sont également devenus de plus en plus efficaces pour se soustraire aux sanctions occidentales.

L’exemple le plus flagrant de ceci peut être décelé dans l’afflux d’or en Iran ces derniers mois. Avec une inflation qui érode le patrimoine et le pouvoir d’achat des consommateurs, et les entreprises iraniennes effectivement incapables d’accéder au système financier mondial, les Iraniens se sont tournés vers l’or en tant que réserve de valeur stable, non traçable et intermédiaire fiable des échanges. Une grande partie de cet or est venue de Turquie, pays fortement dépendant du gaz naturel iranien. Même si la Turquie, sous la pression de ses alliés occidentaux, a suspendu ses exportations d’or à l’Iran par l’intermédiaire du système bancaire turc, cela n’a pas empêché les coursiers privés de permettre l’échange turco-iranien « or-contre-gaz naturel », principalement via les Émirats arabes unis.


Une idée répandue veut que les sanctions « marcheront » en imposant des difficultés économiques telles, que le régime iranien sera contraint d’abandonner son programme nucléaire. Même si nous supposons, pour les besoins de l’argumentation, que cela est possible, combien de temps cela prendra-t-il ? Pensons à Cuba, le gouvernement de Castro a conservé le pouvoir, malgré les sanctions des États-Unis, depuis plus de 50 ans. On pourrait soutenir que Cuba n’a pas été confronté à des problèmes d’inflation similaires à ceux de l’Iran. Fort bien. Mais, le Zimbabwe si. En effet, les sanctions et l’hyperinflation grave (deuxième pire cas au monde ) n’ont pas réussi à déloger Robert Mugabe, après 33 ans au pouvoir.

À la lumière de ces faits, il semble très peu probable que des sanctions réussiront à forcer l’Iran à abandonner son programme nucléaire avant qu’il ne soit en mesure de développer une arme nucléaire. Même les estimations les plus prudentes donnent à l’Iran deux ans, tout au plus, avant qu’il ait suffisamment de matières fissiles nucléaires pour construire une arme nucléaire. Quels que soient les discours émanant de Washington et de Bruxelles, l’occident a clairement commencé à reconnaître cette réalité. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a pris note et entamé des pourparlers avec des responsables iraniens. Les États-Unis et l’Union Européenne ont aussi discrètement commencé à jeter les bases d’une solution diplomatique.

Alors que la punition collective délivrée par les sanctions a été dévastatrice, elle a finalement échoué à dissuader le régime iranien de développer sa capacité nucléaire. Au lieu de cela, elle a suscité un profond ressentiment. Compte tenu de la situation de pourrissement en Iran, et l’horizon temporel pour que le pays développe des capacités nucléaires, il semble que les intérêts de toutes les parties concernées convergent vers une solution diplomatique. C’est en effet la seule option viable restante.

Steve Hanke, professeur d’économie appliquée à l’Université de John Hopkins à Baltimore et analyste au Cato Institute à Washington DC, le 30 janvier 2013.

Cet article a été publié originellement en anglais sur Globe Asia et le site du Cato Institute.

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