Uber réconcilie les antilibéraux avec le libre marché

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Uber réconcilie les antilibéraux avec le libre marché

La révolution Uber a créé une vague de soutien pour les marchés libres. Tous les défenseurs d’Uber ne réalisent pas forcément ce qu'ils soutiennent. Ceux qui utilisent le service de partage de trajets savent la différence que cela a fait dans leur vie, et ils en veulent à ceux qui tentent de maintenir (ou ressusciter) le privilège des compagnies  de taxi. Ce qui est surprend est la qualité des arguments que les partisans d’Uber avancent sur les réseaux sociaux et ailleurs. Ils condamnent les barrières juridiques à l'entrée, mais surtout la nature intrinsèquement coercitive d'un système agréé par l'Etat.

Beaucoup appellent à la liberté de choix : Pourquoi devraient-ils être limités à un service quand il devrait être possible de choisir entre de nombreuses options différentes? Certains critiquent la faible qualité des services de taxi protégés par le gouvernement par rapport aux nouveaux entrants, en soulignant que la concurrence conduit à une amélioration générale du service et du bien-être des consommateurs. D'autres affirment même que si ça ne tenait qu’au législateur, nous utiliserions encore des chariots tirés par des chevaux et des machines à écrire.

Pour cette vague de supporters « lubertarians », Uber est un système déjà suffisamment réglementé par ses clients. Tous ces arguments, généralement défendus par les libertariens et les libéraux classiques depuis des siècles, sont repris spontanément par des gens qui, par ignorance ou par choix, froissent probablement leur nez quand ils entendent le terme de libertarien.

L' «économie des applications » favorise le bons sens

Les arguments avancés en défense d’Uber, du covoiturage, et de l' « économie des applications », correspondent à l’idée du libre marché. Comme le souligne l'économiste Donald Boudreaux, nous sommes tellement habitués à la fluidité des marchés dans nos vies quotidiennes que nous ne demandons même plus comment les échanges effectués par des milliards d'étrangers peuvent fonctionner si bien. Pourtant, la plupart des gens qui pensent à l'économie de marché dans l'abstrait, se sentent dépassés et aliénés par ce système vaste et complexe. Intimidés par leur manque de compréhension du «capitalisme», ils exigent que l'État contrôle l'économie via la législation et la réglementation.

Uber ramène le libre marché au quotidien du consommateur qui devient acteur de ses choix à travers une application simple qui lui permet de choisir et d'évaluer les services qu'il recherche.

Les consommateurs ont bien conscience du fait que le conducteur Uber lorsqu’il offre une bouteille d'eau minérale, des bonbons, et la gentillesse, n’est pas foncièrement plus gentil qu’un autre mais que ses efforts sont faits pour promouvoir son propre intérêt, c’est-à-dire les cinq petites étoiles qui assurent sa réputation et donc sa compétitivité et son avenir sur le marché.

La loi de l'offre et de la demande, si mal comprise sur le papier, est évidente dans le système de tarification dynamique de Uber. Les utilisateurs regardent, en temps réel, les prix monter et descendre suivant la croissance et la décroissance de la demande, et ils décident si cela vaut la peine d'utiliser le service en ce moment ou si il est préférable d'attendre que les prix descendent à nouveau. De cette façon, Uber permet à ses clients de participer directement à la puissance autorégulatrice des marchés.

Vision sélective

Nous devrions célébrer ce Lubertarianisme défendu même par des anti-marchés. Les arguments en faveur de l'ouverture à la concurrence sont valables non seulement pour l'économie de partage, mais pour toutes les formes de l'échange volontaire.

Le bus et les camionnettes privées ont rendu le transport « collectif » moins cher et plus efficace, en assurant un meilleur service aux passagers les plus pauvres. Dans les télécommunications, c’est la concurrence sur le marché qui a mis des téléphones portables entre les mains de tout le monde et a offert encore plus de facilité d’accès à Internet aux usagers des pays en développement. En Inde, où les barrières à l'entrée sont faibles, les prix sont parmi les plus bas dans le monde.

Dans la nouvelle économie de partage, des plates-formes telles que Airbnb, Udemy et Indiegogo sont en train de révolutionner  les prix, la qualité, et les choix.

Une modeste proposition

Pour ceux qui craignent le spectre du « capitalisme sauvage », au lieu de promouvoir la liberté sur le marché, parlons d’«Uberisation » de l'économie.

Imaginez un Uber pour les comptables, les avocats, les médecins, ou les professeurs. Imaginez un Uber pour l'achat de voitures, d’appareils ménagers, ou de la nourriture. Imaginez qu'il y ait une application qui mette en lien des acheteurs et des vendeurs de tout bien ou service. Maintenant, imaginez que cette plate-forme décentralisée donne à ses utilisateurs un réel pouvoir d'évaluer et d’influencer les prix, les quantités et les qualités de ces produits et services.

Cette plate-forme existe déjà, et s’appelle le marché libre. Elle a juste besoin d'un peu de « rebranding » pour aider ses critiques à voir qu'ils en sont finalement les plus fervents supporters

Adriano Gianturcoprofesseur à l’Institut Brasileiro de Mercado de Capitais (Brasil), et Luciana Lopes, consultante-juriste et experte en finances publiques à la chambre des représentants de Minas Gerais (Brasil) – Article initialement publié en anglais par la Foundation for Economic Education – Traduction en français réalisée par Libre Afrique. Le 20 janvier 2016.