Droit de propriété: le plaidoyer d'une mère

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Droit de propriété: le plaidoyer d'une mère

Je ne suis pas une économiste, mais les défis auxquels fait face l'économie zimbabwéenne me dérangent. Étant une femme, épouse et mère, je pense que l'importance des droits de propriété foncière peut être mieux expliquée à partir de l’approche genre. Vous pouvez en douter, mais j’insiste sur le fait que c'est la clé pour débloquer le développement économique du Zimbabwe. Alors que les stratégies économiques complexes existent, la mienne est une analogie qui, une fois appliquée et comprise,  permettrait au Zimbabwe de se remettre de ses maux.

Le Zimbabwe a fait plusieurs appels aux petites et moyennes entreprises (PME) pour stimuler la production du pays, a préconisé l'allégement de la dette nationale, et a plaidé pour un éventuel retour du dollar Zim parmi une myriade de stratégies. Le monde des affaires n'a pas été épargné. Récemment, une délégation conduite par la Confédération des industries du Zimbabwe a visité l'Europe afin de tenter de stimuler la confiance des investisseurs au Zimbabwe. L'une des principales préoccupations soulevées par les membres de l'UE a été la politique de l'indigénisation et de l'autonomisation politique. Nous pouvons faire un millier de voyages en Europe, annoncer de nouvelles politiques, mais aussi longtemps que les bases influant sur l'activité de l'entreprise ne sont pas traitées, tous les efforts seront vains. Les bases influençant et affectant l'activité de l'entreprise peuvent être mieux expliquées par analogie de la femme-mère-épouse.

La maternité et la propriété de l'homme

En tant que mère, j'ai un fort attachement biologique, naturel et authentique à mes deux fils. Depuis la naissance j'ai pris soin d'eux avec diligence, amour et affection. Mon souhait était alors de s'assurer qu'ils grandissent confortablement et en sécurité. Je me souviens comme j’étais agitée lorsque l'un d'eux est tombé malade. Tout ce que je voulais, c'était que mes garçons deviennent des adultes en bonne santé.

Je raconte cette histoire de la détresse d'une mère, tous les jours, de sorte que l'on apprécie l'importance de «l'appropriation». Votre propriété est comme votre enfant. Vous êtes engagés à la voir grandir, s'épanouir et vous souhaitez toujours le meilleur pour elle. Vous feriez tout pour la protéger. Pourriez-vous imaginer perdre votre entreprise ou votre bien ? L’idée de se réveiller et d’entendre que votre entreprise a été aliénée à un inconnu sans rapport avec elle est insupportable. Cette personne, ne connaissant rien à l’affaire fera n’importe quoi car, n'ayant aucun lien congénital avec l’entreprise, elle sera peu motivée à la faire.

La meilleure personne pour s'en occuper est sa « mère ». Les autres ne sont que des prétendants qui veulent abuser de l'enfant (entreprise) ou tout simplement en profiter. C'est ce qui explique la corruption dans nos institutions, tout simplement parce qu'elles ne sont la «propriété » de personne. Nous avons besoin d’une société formée à l’innovation et à la création d’entreprises compétitives. La politique d'expropriation, couramment pratiquée au Nigeria, a créé un Zimbabwéen qui vole sans vergogne. La corruption est un résultat de cette culture.

Le mariage

En tant qu'épouse, je me souviens des premiers jours je me suis déplacée avec mon mari ; comment je réarrangeais tout de la chambre au jardin. Je me suis assurée que tout était propre et répondait à mes attentes. Au fil des ans, je continue à embellir l'image de ma maison. Je fais tout cela parce que je pense que la maison de mon mari est la mienne et que c’est à moi de m’en occuper. Je m'assure aussi que mon mari s’habille correctement et se nourrit bien, car c’est le mien. S'il n'était pas le mien, je ne pense pas que j'aurais pris autant de peine. Lorsque vous sentez que vous possédez quelque chose, vous faites de votre mieux pour le protéger et le développer.

Les entreprises sont comme les relations entre conjoints qui fleurissent quand ils se sentent en sécurité et confortables. Si vous voulez voir les pires aspects d'une femme, trichez-la ou violez-la. Tous les sourires s'évaporent. Les entreprises ont besoin de sécurité. Elles s'épanouissent dans des environnements sécurisés. La volatilité est un ennemi de l'entreprise. Nous pouvons affirmer quoi que ce soit à propos de l'économie zimbabwéenne, mais sans droits de propriété sécurisés, nous continuerons à peiner en raison de notre incapacité à résoudre ce fondement des affaires.

Avant de me marier, j’ai changé ma façon d'être pour être attrayante. C'est ce que doit faire le Zimbabwe : être attractif pour les investissements. Il analyser pourquoi il dissuade les investisseurs. Outre l’apparence, une femme est attrayante en raison de son comportement. Le Zimbabwe a besoin de parler d'une manière qui attire, qui crée de l’intérêt, et rassure les entrepreneurs. Malheureusement, la façon dont le Zimbabwe communique repousse les potentiels « prétendants ». Le discours du Zimbabwe dans les médias et la législation dépeignent un zombie répulsif, volatile et effrayant.

Le respect de la propriété, la sécurité des investisseurs reste la clé du déblocage de l’activité du Zimbabwe. Nos politiques actuelles ne favorisent pas le respect des droits de propriété. Nous avons besoin de suivre un processus de destruction créatrice, la destruction des anciennes structures économiques (ne respectant pas les droits de propriété) pour les remplacer par des neuves. C'est important parce que nous avons hérité d'un système économique colonial extractif, qui visait la création de la richesse pour une minorité. L’« Indigénisation » est la porte ouverte au copinage. En effet, seules les personnes connectées au pouvoir en ont bénéficié. Les pauvres restent assujettis. Le Zimbabwe a besoin de passer des institutions économiques extractives à des institutions économiques inclusives favorisant la propriété privée, respectant les contrats, afin de créer un terrain de jeu à chances égales et de permettre la libre entrée de nouvelles entreprises.

Fungisai Sithole.  Mouvement pour le changement démocratique.
Article initialement publié par African Executive - Traduction Libre Afrique - le 20 mars 2014