Afrique : Quelles voies pour protéger l'enfance ?

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Félicité Annick Foungbé - Le 13 juillet 2011. « L’éducation comme stratégie de lutte contre les pires formes de travail des enfants», tel a été le thème choisi cette année pour marquer la célébration de la journée mondiale de lutte contre la traite et les pires formes de travail des enfants. Cette célébration nous rappelle la pénible situation des enfants dans le monde, en réaffirmant l’article 32 de la convention des nations unies relatives aux droits de l’enfant : « le droit de l’enfant à être protégé contre l’exploitation économique et de n’être astreint à aucun travail comportant des risques susceptibles de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique, mental spirituel, moral ou social ». Le rapport du BIT dénombre 115 millions d’enfants soumis à des formes de travail dangereuses sur les 215 millions qui travaillent dans le monde. Ces chiffres semblent ont baissé par rapport au début du millénaire quand ils étaient respectivement de 180 et 351 millions. Pour autant, la situation n’en demeure pas moins critique pour de nombreux enfants dans le monde. Quelles sont les avancées réelles sur le terrain et quelles amorces de solutions pour abolir définitivement toutes les formes d’esclavage chez les enfants ?

Partant du constat du BIT, de nombreuses études relèveraient des risques plus élevés encourus en termes d’accidents de travail chez les mineurs, parce qu’ils sont entre autres, les plus astreints aux horaires de travail non réglementaires. L’Asie, le Pacifique et l’Afrique au sud du Sahara s’inscrivent en tête de liste, avec cependant une nette diminution de petites filles exposées au risque. Le secteur agricole au sens large constitue le principal danger pour les enfants travailleurs. Ainsi donc, le rapport de l’OIT préconise des mesures spécifiques de protection pour les adolescents entre l’âge minimal requis pour travailler et l’âge de dix-huit ans. Elles préconisent l’implication des organisations d’employeurs et des travailleurs de même que l’implication de l’inspection du travail. Si le BIT peut se féliciter d’une certaine réduction du taux d’enfants en situation d’extrême vulnérabilité conséquemment au travail, cela s’explique par la prise de mesures drastiques pour juguler le phénomène dans les pays situés dans la zone marquée au rouge.

En Côte d’Ivoire notamment, l’impact négatif de la traite des enfants sur la réputation du cacao, qui constitue l’un des piliers de l’économie, a entraîné le branle-bas de combat du côté des autorités et la prise de mesures d’urgence. C’est ainsi que conformément au protocole Harkin-Engel signé en Septembre 2001, le gouvernement a retiré environ 3500 enfants de l’enfer des plantations cacaoyères, qui pour bénéficier d’une prise en charge scolaire, qui pour être réinséré en famille ou faire l’objet d’une formation professionnelle. L’adoption de la loi n° 2010-272 du 30 Septembre 2010 portant interdiction de la traite et des pires formes de travail des enfants vient renforcer les outils légaux existants en la matière de par l’ajout de textes novateurs. Il s’agit notamment de l’article 18 portant escorte ou accompagnement d’enfants mineurs dont la promulgation apporte une bouffée d’oxygène quant à la suppression des filières clandestines de traites de mineurs (peuvent être poursuivis pour traite d’enfants, les prétendus père et mère et les représentants légaux qui voyagent avec un enfant sans être capables de prouver leur parenté par un document légal. Il en sera de même pour tout adulte qui voyage avec un enfant sans une autorisation expresse dûment authentifiée par les père et mère ou une autorisation judiciaire ou de l’autorité administrative…)

En outre, la Côte d’Ivoire a signé le 25 Août 2003, un mémorandum d’accord IPEC (International Programme on the Elimination of Child Labour) avec le BIT en vue de l’élimination des pires formes du travail des enfants sur l’ensemble du territoire et dans tous les secteurs d’activités.

Cependant, la protection des droits des mineurs ne passe-t-elle pas, plus profondément, par l’instauration d’un État de droit? La plupart du temps, la législation lorsqu’elle existe n’est pas appliquée par le fait de trafic d’influence ou de négligence de la part des autorités : la corruption de l’appareil judiciaire rend donc illusoire l’application des mesures arrêtées par les États. Les rapports des ONG impliqués dans la protection de l’enfance démontrent clairement que les objectifs demeurent loin d’être atteints. Autre fléau : la multiplication de foyers de tensions favorise le phénomène d’enfants soldats ou de prostitution des mineurs, en Afrique sub-saharienne. Le rapport du BICE CI relève un taux de plus en plus grandissant de Jeunes Filles Domestiques du fait de la guerre et de la pauvreté. Ces jeunes filles sont le plus souvent victimes d’abus sexuel. De nombreux enfant sont également rendus vulnérables du fait du VIH/SIDA qui emporte les parents. La situation de crise économique et de sous-développement font aussi que les coûts en terme d’éducation ne sont pas accessibles aux parents les plus démunis. Enfin, la trop grande importance du secteur informel qui mobilise 70% de cette main d’œuvre selon le Bureau International Catholique pour l’Enfance de Côte d’Ivoire (BICE CI), favorise la traite et l’exploitation des enfants par des personnes morales ou physiques en quête de main d’œuvre à moindre coût.

En définitive, la lutte contre pauvreté par l’instauration de l’État de droit et d’une paix durable semble la condition sine qua non pour l’amélioration du sort de l’enfance dans le monde. La normalisation du secteur informel par la création d’un environnement propice aux affaires (notamment en matière de permis et de protection des droits de propriété) devrait aussi apporter une réponse de fond à la lutte contre l’exploitation des mineurs, en particulier dans le secteur agricole où la formalisation de coopératives permettrait à la fois de mieux répertorier et sensibiliser les agriculteurs, et de propulser le développement du secteur qui, en se mécanisant, n’aurait plus besoin de « petites mains ». Il faut par ailleurs prôner la tolérance zéro contre la corruption (la brigade des mineurs devant notamment jouer pleinement son rôle) et favoriser les ONG dans leurs actions de sensibilisation et de protection de l’enfance.

Annick Félicité Foungbé, Bureau International Catholique de l'Enfance de Côte d'Ivoire.