Quand le protectionnisme écrase les pauvres

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Quand le protectionnisme écrase les pauvres

Nous n’avons jamais entendu une personne pauvre, ou tout autre d'ailleurs, se plaindre d’avoir accès à des produits moins chers. Et pourtant, beaucoup de gens en Afrique du Sud (SA) adorent haïr les Chinois juste parce qu’ils nous procurent des vêtements bon marché. Parce que les fabricants locaux ne peuvent pas produire des vêtements aussi efficacement et aussi bon marché que les Chinois, le gouvernement SA impose des taxes à l'importation allant jusqu'à 45% du coût de ces vêtements pour protéger l'industrie. Cela n’empêche pas le vêtement de rester moins cher que ceux fabriqués localement. Il s’agit donc d’une taxe qui est finalement subie, non par les importateurs, mais par les consommateurs, même les plus pauvres.

Est-il moralement justifiable pour le gouvernement de prélever délibérément de l'argent aux pauvres pour soutenir les entreprises de certains fabricants de vêtements de sorte que, comme les fabricants le prétendent, leurs employés ne perdront pas leur emploi? Surtout quand ces mêmes fabricants insistent pour que leurs concurrents Sud-Africains, tels que ceux basés à Newcastle, ferment leur structure sous prétexte qu’avec le consentement de leurs employés, ils paient en dessous du salaire minimum imposé par le gouvernement et que ça fausse le jeu.

Ces questions doivent être traitées dans leur contexte. La libéralisation des échanges donne aux consommateurs l'accès aux produits les meilleurs et les moins chers. La vraie question est de savoir si ce sont les consommateurs qui doivent décider quels biens il peuvent acheter et qui doit les produire, ou si ces décisions doivent être prises en leur nom par leurs gouvernements? Inévitablement, les producteurs locaux sont contre la concurrence dite « injuste ». Ce qui conduire à imposer des taxes coûts « injustes » sur les consommateurs.

Une question similaire se pose concernant les salaires versés aux employés. Qui doit décider de la somme acceptable en salaire décent : les concernés ou le gouvernement? Cette tactique fait écho à la décision du gouvernement de l'apartheid d’assouplir les lois du travail pour permettre aux travailleurs « noirs » d’intégrer le marché de la main-d'œuvre qualifiée, quand les syndicats « blancs » ont insisté sur « le salaire décent ». En d'autres termes, ils ont plaidé pour un « salaire décent » afin de bloquer la concurrence des nouveaux entrants qui peut-être étaient disposés à travailler pour des salaires inférieurs.

Le protectionnisme dans le commerce et les marchés du travail engendre des surcoûts payés par les consommateurs, et,  dans de nombreux cas, avec peu de bénéfice réel pour les entreprises et travailleurs locaux. La libéralisation du commerce et des marchés du travail permettrait une adaptation plus rapide. Il est impératif que les travailleurs et les propriétaires du capital ne soient pas enfermés dans des environnements économiques non concurrentiels.

Le textile est peut-être le domaine commercial où est le plus évident que la production de masse chinoise a forcé le changement dans d'autres pays, mais il y en a beaucoup d'autres, comme la fabrication de produits électroniques. Plutôt que de compter sur le gouvernement pour ériger un mur tarifaire derrière lequel se protéger, les fabricants Sud-Africains de textile devraient s’adapter en trouvant des domaines dans lesquels ils possèdent un avantage comparatif, éventuellement dans des modèles uniques de vêtements qui ne se prêtent pas à la production de masse.

Certains commentateurs se plaignent que la Chine sous-évalue sa monnaie (le yuan) et présentent cela comme une forme subtile de protectionnisme chinois. Ils affirment que, en gardant la valeur de leur monnaie artificiellement bas, les Chinois subventionnent leurs secteurs d'exportation en leur donnant un avantage concurrentiel. On fait valoir que cette forme cachée de protectionnisme nuit à l’Afrique du Sud en détruisant son industrie du vêtement, amplifiant ainsi le problème du chômage. Mais ces critiques blâmant les Chinois, sont-elles pertinentes pour justifier les difficultés rencontrées par nos fabricants de vêtements?

Un argument majeur pour la protection des fabricants de vêtements en Afrique du Sud est inextricablement lié à la demande pressante internationale au gouvernement chinois de laisser s’apprécier le yuan face aux autres devises, y compris le rand. Selon ces critiques un yuan à sa « juste » valeur augmenterait le prix des exportations chinoises au point où les fabricants dans d'autres pays seraient en mesure de rivaliser sur un pied d'égalité, mais un examen des faits laissent croire que c’est l'efficacité et non la monnaie sous-évaluée qui rend les produits chinois si compétitifs.

Jusqu'en 1994, le yuan s’est déprécié de façon constante par rapport au dollar et la Chine a connu une volatilité de ses taux de PIB et d'inflation. Pour résoudre le problème, le gouvernement chinois a parié le yuan au dollar de 1994 à 2005, ce qui a laissé le taux d'inflation chinois en ligne avec celui des Etats-Unis (en moyenne 0,75%). Entre 2005 et 2008, le yuan s’est apprécié en moyenne de 7,25% contre le dollar, le taux d'inflation moyen a augmenté pour atteindre 3,49% et la volatilité du PIB a également augmenté. Par rapport au dollar, le taux de change du yuan a augmenté de sorte que l’argument d'un yuan sous-évalué est injustifié. S’il y a quelque chose à blâmer au sujet des querelles constantes sur les taux de change et les menaces de guerres commerciales, c’est qu'il n'y a pas une monnaie universelle « aussi saine que l'or » à utiliser par les pays dans leurs échanges.

Ce que nos fabricants de vêtements en difficulté ignorent est que les exportations sud-africaines vers la Chine ont énormément augmenté. Introduire les mesures souhaitées pour protéger l'industrie du vêtement pénaliserait non seulement les pauvres en les privant de vêtements bon marché, mais également mettrait d'autres industries et leurs effectifs, en danger.

Jasson Urbach & Eustace Davie, analystes pour www.freemarketfoundation.com -

Article initialement publié en anglais par Free Market Foundation - Traduction réalisée par Libre Afrique - Le 9 février 2015.