Lutte contre l’État islamique : Les États-Unis et leurs alliés arabes

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Lutte contre l’État islamique : Les États-Unis et leurs alliés arabes

Les responsables américains continuent à croire que leurs alliés au Moyen-Orient sont précieux dans la lutte contre l'État islamique et pour d'autres conflits du Moyen-Orient. Mais le sont-ils vraiment? À en juger par le chaos créé en Syrie par leur aide, d’évidence, les États unis seraient mieux sans eux.

Les interventions de grande envergure et hasardeuses de certains États du Golfe persique, notamment l'Arabie saoudite et le Qatar, dans la guerre civile syrienne, ont été porté par leur désir de chasser le président Bachar Al-Assad du pouvoir. Pourtant, ces États autoritaires ne disposaient pas des outils de politique étrangère, militaires ou de renseignement nécessaires pour entreprendre cette stratégie ambitieuse. Leur implication en Syrie au cours des dernières années a fragmenté l'opposition syrienne, promu le sectarisme et mis de l'argent et des armes dans les mains des combattants extrémistes, créant un terrain fertile à la croissance de l'État islamique.

Le minuscule Qatar, par exemple, dépourvu de toute connaissance de terrain sur la Syrie, s’est tourné vers des expatriés syriens à Doha pour les besoins de combattants et d'organisation. Il a ensuite financé de nombreuses petites brigades, chacune dirigée par un commandant différent parmi ces expatriés. Ce système n’a pas permis aux groupes rebelles à travailler ensemble pour renverser Bachar Al-Assad. Au lieu de cela, il les a encouragés à rivaliser les uns contre les autres pour l'argent. L’Arabie Saoudite a initialement canalisé son soutien financier vers l'Armée syrienne libre modérée (FSA). Frustré que Assad n'ait pas été renversé rapidement, alors elle a redirigé son financement vers des groupes islamistes. Même si les islamistes et la FSA ont commencé à se battre entre eux, les Saoudiens ont continué à donner de l'argent aux deux protagonistes. En outre, les livraisons d'armes aux groupes modérés ont été lentes à arriver. Cela les a contraint à rechercher un financement privé auprès des riches citoyens des États du Golfe persique, qui avaient tendance à soutenir des causes sectaires. Les dons affluaient principalement au profit des islamistes, ce qui a encouragé les groupes les moins radicaux à se faire passer pour des islamistes.

Les alliés du Moyen-Orient de l'Amérique se sont également avérés réticents - et plus tard incapablesà empêcher le financement privé des extrémistes par leurs citoyens. Les dirigeants dans de nombreux États du Golfe ont fermé les yeux sur le fait que l'argent collecté par les salafistes, au nom de l’aide «humanitaire» en Syrie, était en réalité destiné à des fins militaires. Ce n’est qu’en 2013 que l’Arabie Saoudite a interdit à ses citoyens de financer directement les groupes rebelles. Une interdiction qui a eu peu d'effet. Pire, souvent ces gouvernements ne pouvaient pas maintenir le contrôle sur leurs approvisionnements envoyés en Syrie, ce qui signifie que des armes et des liquidités ont pu arriver dans les mains des radicaux.

Le Qatar en particulier a été incapable de sélectionner les bénéficiaires de son aide. Pire, avec leur zèle à faire tomber le gouvernement Assad, les responsables qataris ont même préconisé le financement du groupe Al Nusra, en dépit des liens étroits de ce groupe avec Al-Qaïda.

De nombreux facteurs ont, bien sûr, contribué à la catastrophe syrienne et à la montée de l'État islamique. Pourtant, il est difficile de contester que l’incompétente des États comme l'Arabie saoudite et le Qatar a rendu le conflit plus compliqué. En tant que vice-président, Joe Biden a noté, dans une remarque « en off », « Nos alliés dans la région ont été notre plus gros problème .... Les personnes qu’ils ont soutenues étaient Al Nusra et Al-Qaïda ». La Maison Blanche a fait en sorte que Biden présente des excuses à plusieurs dirigeants du Moyen-Orient pour avoir dit simplement la vérité. Les déclarations officielles de la Maison Blanche, en revanche, font publiquement l'éloge de ces alliés pour leur aide.

Ainsi, le Secrétaire d'État John F. Kerry a affirmé en septembre que « les nations arabes jouent un rôle essentiel dans la coalition ». Le Secrétaire à la Défense, Ashton Carter, interrogé sur le financement du Qatar pour les extrémistes, par le Comité des services armés de la Chambre des représentants, il y a deux semaines, a répondu que « nous ne soutenons pas ou ne pensons pas comme étant constructives toutes les choses que font nos partenaires », mais il a poursuivi, « nous pouvons continuer à travailler avec eux dans des domaines nous ne sommes pas en désaccord ». Son message était clair: Les États-Unis ne défieront pas leurs alliés du Moyen-Orient, même si ces derniers sapent délibérément les intérêts américains.

Pourtant, comme leurs nombreux échecs en Syrie le montrent, des États comme l'Arabie saoudite et le Qatar sont des alliés peu fiables et des plus capricieux. Nous ne pouvons pas compter sur eux pour défendre les intérêts des États-Unis. En effet, leurs préoccupations se heurtent souvent à nos intérêts de politique étrangère. À mesure que des conflits régionaux dégénèrent, y compris la guerre au Yémen, ce sont des leçons à méditer pour les États-Unis.

Emma Ashford, analyste pour Cato Institute – Article initialement publié en anglais par le Cato Institute – Traduction réalisée par Libre Afrique – Le 25 mai 2015