De la promotion de la liberté économique dans les pays arabes

Version imprimableVersion imprimable

La mèche des révoltes arabes a été allumée suite à l’immolation par le feu d’un jeune tunisien à qui l'on avait refusé une autorisation administrative pour vendre sur son étale des fruits et légumes. Cela sonne comme une évidence : l’incapacité des jeunes à s’intégrer économiquement dans leurs propres sociétés, en raison du manque d’opportunités d’investissement et d’emplois, a nourri leur frustration, d’où leur soulèvement. Or, cette absence d’intégration économique des jeunes, en dépit de leurs aspirations entrepreneuriales, n’est que le symptôme du manque de liberté économique dans les pays arabes. Comment y remédier ?

L’observation de la carte de liberté économique résultant de l’indice de liberté économique de l’Institut Fraser (2010) montre que la quasi-totalité des pays arabes en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient présentent des niveaux élevés de répression économique se traduisant par la corruption, l’inflation, la prédominance des marchés noirs et de l’informel, le protectionnisme et l’interventionnisme étatique non justifié. Ainsi, le monde arabe accuse un large retard par rapport aux pays les plus développés systématiquement sur les cinq aspects de la liberté économique : taille de l’Etat, structure juridique et droits de propriété, politique monétaire, liberté du commerce international, et réglementation des marchés (crédit et travail) et du monde des affaires.

Ces cinq critères représentent trois aspects de la liberté économique : D’abord, la liberté de choix individuel est limitée par un appareil étatique pléthorique aussi bien par sa consommation que par son investissement, ce qui laisse peu de place pour l’initiative privée et conduit ainsi à une politisation et une bureaucratisation des décisions économiques. Ensuite, la liberté des droits de propriété est handicapée par le manque de qualification et surtout d’indépendance du système judiciaire, ce qui décourage l’initiative privée, chacun craignant d’être dépossédé de ses biens et des fruits de son labeur. Enfin, la liberté du commerce et de la concurrence demeure obstruée par les restrictions et les contrôles limitant la circulation des biens et services ainsi que des capitaux, mais également par la sur-réglementation des marchés du crédit, du travail, ainsi que l’inflation procédurale faisant obstacle à l’entrepreneuriat.

Pour promouvoir ces différents aspects de la liberté économique la meilleure stratégie possible est d’utiliser le canal du commerce. En effet, la libéralisation du commerce interrégional arabe permettra non seulement la circulation des personnes, des biens et services, mais incitera des réformes favorables à la liberté économique. Comment ?

Cela passe par la mobilisation de deux mécanismes : la coopération et la concurrence. En effet, la création d’une zone de libre-échange élargie entre les pays arabes permettra la levée des obstacles tarifaires et non-tarifaires devant les échanges, ce qui fera augmenter la taille du marché disponible pour chaque pays favorisant ainsi l’investissement, qui souffrait de l’étroitesse des marchés. En coopérant à ouvrir leurs frontières aux échanges, les économies arabes deviendront plus compétitives grâce à l’effet des économies d’échelle (rendements croissants des entreprises) et l’augmentation de la division de travail dans l’économie résultant de l’élargissement des débouchés. En goûtant aux fruits de la croissance et de l’emploi, les pays arabes seront certainement incités à s’engager davantage sur la voie de la liberté économique en réhabilitant l’investissement privé comme le vrai vecteur de la création de richesse après que celui-ci ait été longtemps évincé par l’investissement public.

De même, la création d’une zone de libre-échange créera un effet d’émulation entre les économies arabes. En effet, de part l’ouverture des frontières, les personnes, les biens et les capitaux iront là où ils seront le mieux valorisés. Les économies arabes seront incitées à redoubler d’efforts pour attirer les capitaux et la force de travail qualifiée. Cela exige de leur part de faire des réformes allant dans le sens de la promotion de la liberté économique. Ainsi, pour ne pas voir les entreprises quitter leur territoire vers les pays voisins plus attractifs, chaque pays sera incité à entreprendre des réformes structurelles allant dans le sens de renforcer les trois aspects de la liberté économique :

- La liberté de choix individuel : en réduisant le poids dans l’économie de l’appareil étatique

- La liberté des droits de propriété : en consolidant la compétence et l’indépendance de l’appareil judiciaire et l’assainissement de la politique monétaire de l’inflation.

- La liberté du commerce et de concurrence : en rationalisant les réglementations et réduisant les restrictions touchant les marchés des facteurs de production et l’environnement des affaires.

Par la combinaison de ces deux mécanismes de coopération et de concurrence, l’effet d’imitation fera le reste dès que chaque pays dans le monde arabe voit son voisin profiter des fruits de la liberté économique, notamment une croissance forte et plus stable et des emplois dignes et rémunérateurs.

Bien évidemment, il existe déjà des blocs ébauches de libéralisation des échanges entre différents pays arabes (Conseil de coopération des pays du Golfe, accords de libre-échange entre le Maroc, la Jordanie, l’Egypte et la Tunisie), mais il sera opportun d’élargir ces zones pour un marché plus grand et un poids économique plus conséquent. Pour l’instant, la création d’une telle zone est encore bloquée par des considérations politiques, c’est la raison pour laquelle, il sera plus intelligent d’adopter une nouvelle approche « par le bas » (bottom-up) où l’on implique davantage les entreprises et la société civile. Ces deux entités, en tissant des réseaux dans les différents pays arabes, pourront mettre la pression sur les dirigeants arabes pour dépasser les clivages politiques et personnels, en montrant les bénéfices potentiels d’une telle union, et d’autre part, en influençant l’opinion publique. Autrement dit, en densifiant les échanges économiques, intellectuels et culturels entre les différents pays arabes, les interdépendances entre les différents pays seront telles que les politiques seront mis devant le fait accompli, celui de la nécessité d’un bloc économique arabe intégré.

Cela ne pourrait que favoriser la diffusion des idées de liberté économique et partant faciliter l’intégration économique des jeunes en leur offrant suffisamment d’opportunités d’investissement et d’emplois. Certainement le meilleur moyen de faire fructifier les acquis du printemps arabe…

Hicham El Moussaoui, maître de conférences à l’université Sultan Moulay Slimane de Beni Mellal au Maroc et analyste sur www.LibreAdrique.org. Cet artcile avait été publié le 14 septembre 2011.