Le complexe militaro-industriel : 50 après Eisenhower

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Le 17 janvier 2011 - Voilà un demi-siècle le Président américain Dwight Eisenhower léguait son testament à l’Amérique lors de son discours d’adieu, après plus de cinquante années de bons et loyaux services. Ce discours du 17 janvier 1961 est resté célèbre car le Président mettait le peuple américain en garde contre ce qu’il qualifiait de « complexe militaro-industriel » : toutes ces entreprises d’armement ayant des intérêts dans le déploiement militaire exagéré, et faisant un lobbying intense auprès des membres du Congrès pour que les budgets de défenses et de dépenses militaires soient largement augmentés. La montée de ce complexe militaro-industriel pouvait constituer une menace pour la démocratie.

Pour Susan Eisenhower*, présidente de la firme de consulting Eisenhower Group, expert en matière de sécurité internationale et petite-fille du président Eisenhower, « le Président considérait la santé budgétaire des USA comme un des piliers de la « défense nationale » du pays, tout autant que sa capacité militaire. » En cela il ne fallait pas que les dépenses militaires ne plombent les budgets publics.

Comment expliquer le bellicisme de certains aux USA ? « Avant la fin de la guerre froide les vétérans de la deuxième guerre mondiale représentaient une proportion relativement élevée des membres du Congrès. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Or, des membres du Congrès n’ayant pas servi en temps de guerre sont plus susceptibles de voter des interventions militaires. Les gens qui ont servi dans l’armée sont beaucoup plus réalistes sur ce qu’une force armée peut accomplir, plus sceptiques sur la faisabilité d’une intervention militaire. Il y a un danger aujourd’hui qu’il y ait une version romancée de patriotisme, facilement belliciste... Le président Eisenhower comprenait que les militaires ne pouvaient atteindre que des buts limités et qu’il fallait rester humble en la matière. »

Voici les extraits les plus marquant du discours d’Eisenhower :


« (...)Cette conjonction d'une immense institution militaire et d'une grande industrie de l'armement est nouvelle dans l'expérience américaine. Son influence totale, économique, politique, spirituelle même, est ressentie dans chaque ville, dans chaque Parlement d'Etat, dans chaque bureau du Gouvernement fédéral. Nous reconnaissons le besoin impératif de ce développement. Mais nous ne devons pas manquer de comprendre ses graves implications. Notre labeur, nos ressources, nos gagne-pain… tous sont impliqués ; ainsi en va-t-il de la structure même de notre société.

Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l'énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble.(...)

Des réflexions présidentielles à ne pas oublier...

*Susan Eisenhower a été interviewé par le Cato Institute à Washington DC à l’occasion d’une conférence sur le cinquantenaire du discours d’Eisenhower le 14 janvier 2011.

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