Pourquoi si peu d'IDE en RDC ?

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Pourquoi si peu d’IDE en RDC ?

Alors que l’Asie est un pôle d’attraction des IDE (Investissements Directs Étrangers), l’Afrique en général (3,6% des flux entrants mondiaux d’IDE en 2011, soient 54,4 milliards) et la RDC en particulier ( 2 milliards) restent parmi les régions du monde le moins concernées par les IDE  et ce, malgré une dotation factorielle exceptionnelle en ressources naturelles et en main d’œuvre bon marché. Comment expliquer cette situation ?

A l’ère de la mondialisation, on assiste à une explosion des IDE, élément moteur de la multinationalisation des entreprises. Les motivations principales à l’origine de ces investissements sont bien évidemment la réduction des coûts (coûts du travail, optimisation fiscale, etc.), mais aussi la recherche d’économies d’échelle liées à de grands marchés et la conquête de nouveaux marchés. Les effets positifs des IDE sur la croissance économique et du surcroît d’emplois qui en résulte dans le pays d’accueil sont confirmés par de nombreux travaux empiriques.

En RDC, le constat est amer. Le pays susceptible d’attirer des investissements de par l’importance de ses ressources naturelles est de moins en moins attractif. Pour s’en convaincre, le cabinet d’étude Ernst & Young a publié en 2010 un rapport sur les IDE en Afrique, dont il ressort que parmi les 10 pays africains à avoir attiré le plus d’investissements étrangers significatifs de 2003 à 2010, la RDC est absente. Pourquoi ce pays n’attire-t-il pas les IDE ?

La piètre qualité de la gouvernance explique beaucoup. La bonne gouvernance est le chemin le plus sûr pour en finir avec la pauvreté et soutenir le développement comme l’affirmait si bien Kofi Annan alors secrétaire général à ONU. Toujours est-il qu’en RDC, il s’observe une absence de gouvernance efficace et de démocratie qui sont un puissant moteur de développement. Dirigée de main de fer pendant 32 ans par un pouvoir autoritaire qui a progressivement détruit les capacités productives et administratives de l’Etat, la RDC peine à renouer avec la bonne gouvernance tant sur le plan politique qu’économique.

Depuis son accession à l’indépendance, le pays ne connait que des troubles sociaux et politiques, du fait de guerres et de rebellions, en plus d’élections contestées. Un tel climat de faibles conditions de sécurité n’est guère favorable à un afflux des IDE. Dans le même registre Assiedu [1] explique la faible attractivité des pays subsahariens par le risque politique qui sévit dans cette région.

En prenant la liste établie par l’Economist Intelligence Unit, dans la catégorie A des pays où l’on peut investir, il n’y a pas un seul pays Afrique. Dans la catégorie B, il y a la Namibie. Dans la catégorie C, il y a trois pays et tout le reste de l’Afrique est dans la catégorie D, E ou F, c’est à dire dans les pays où l’investissement ne se dirigera pas parce que la prudence économique ne permet pas d’y investir. La RDC, largement à cause d’une gouvernance économique inefficace, fait partie de cette dernière catégorie.

Dans un tel contexte, la corruption est une réalité à la fois endémique et systémique : elle touche la justice, les milieux politiques, l’administration publique, les secteurs minéraliers et pétroliers, la passation des marchés publics, etc. Elle gangrène tous les secteurs de la vie économique de la nation, n’épargnant aucune couche sociale. A cet effet, les enquêtes menées par Kiadiamuyika et kazadi [2] situent le taux de participation à la corruption dans un intervalle de 35 à 55% chez les magistrats, et de 93 à 100% chez les policiers de roulage ( !) et des taximen.

Dans une étude récente, l’économiste congolais Oasis Kodila [3] écrivait : « En 2006, 4 entreprises sur 5 ont dû verser de l’agent de façon informelle à des fonctionnaires (pour faire avancer les choses). 66,25% des entreprises ont fait des cadeaux pour obtenir une licence d’exploitation ». Ce constat n’a pas de quoi surprendre surtout quand il faut 84 jours, 10 procédures et 374% du PIB/hab. (approximativement donc, près de quatre années de revenu moyen d’un congolais !) de frais administratifs pour pouvoir créer une entreprise dans ce pays.  

Avec de tels taux, on peut dire que les campagnes de changement de mentalités et de tolérance zéro n’ont pas vraiment donné de résultats concrets. L’IPC (Indice de Perception de la Corruption) de Transparency International plaçait la RDC à la 6ème place des pays africains les plus corrompu en 2011. Ces statistiques viennent corroborer ce qu’avance Assiedu : la corruption est le facteur le plus  dissuasif pour l’implantation des IDE en Afrique subsaharienne. Il sied de signaler que pour la plupart des indices de corruption calculés par les agences internationales, la RDC ne fait pas bonne figure. Dans un contexte de corruption endémique, on assiste à un désintérêt grandissant de la part des investisseurs (aux alentours de 7% du PIB en 2011).

Dans le souci de réduire le chômage et permettre une croissance soutenue, l’Etat Congolais doit faire de l’amélioration du climat des affaires et de la promotion d’un état de droit une priorité. Et définir une vraie politique de lutte contre la corruption.  Sinon la RDC demeurera encore pour longtemps une destination à haut risque pour des investissements étrangers.

Kambamba Darly est économiste à l’Université de Kinshasa. Le 24 ocotobre 2012.

[1] Assiedu E., “Policy reform and FDI to Africa”, Mimeo, Kansas, 2003

[2] Kiadiamuyika et Kabanga, « Impact de la pauvreté sur la corruption chez les magistrats, les policiers de roulage et les taximen à Kinshasa », in ODHS, 2007

[3] Kodila O., « Corruption en RDC : Tyrannie des nombres », in Congo Afrique (Avril 2012) nž464.