CEMAC : Sortir du bourbier de l’urbanisation anarchique

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CEMAC : Sortir du bourbier de l’urbanisation anarchique

La Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) est une organisation des États de l'Afrique centrale créée par le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la République du Congo, la Guinée équatoriale et le Gabon, pour promouvoir l'intégration économique entre les pays qui partagent une monnaie commune, le franc CFA. Les objectifs de la CEMAC sont la promotion le commerce, la mise en place d'un véritable marché commun, et une plus grande solidarité entre les peuples et vers les pays et régions les plus démunis.

Il est indéniable que les États de la CEMAC sont confrontés à un problème croissant d'urbanisation d'autant que le chef du programme de l'habitat aux Nations Unies (ONU-Habitat) a récemment prédit que dans les dix ans à venir les capitales comme Yaoundé au Cameroun ne seraient pas en mesure de contenir la population galopante. Certains États comme le Cameroun, en partenariat avec l'ONU-Habitat, ont même organisé le Sommet national d’urbanisation, initiative visant à réfléchir à des solutions pour corriger les problèmes de l'urbanisation de plus en plus pressant dans le pays. Mais, de tels sommets sont-ils suffisants? Relever les défis croissants de l'urbanisation dans la région de la CEMAC, est-ce l'affaire des seuls gouvernements centraux ?

Avant l'indépendance, la plupart des États africains, y compris les États de la région de la CEMAC n'avaient pas de plans d'urbanisation adéquats, notamment ceux destinés aux capitales. La plupart des villes en particulier dans la zone CEMAC ont été construites sans planification urbaine adéquate. En plus de cette lacune, la plupart des chefs de gouvernements, en particulier dans les États de la CEMAC comme le Cameroun, le Gabon et le Tchad, n’ont pas vu la nécessité de mettre à niveau les grandes villes et encore moins les petites.

En plus de la mauvaise planification de l'urbanisation, le processus de décentralisation qu’ont implémenté des États comme le Cameroun, le Tchad et le Gabon reste un effort timide. Les maires se plaignent quotidiennement des difficultés pour eux de s'engager de manière adéquate dans les efforts d'urbanisation dans les diverses municipalités parce que le transfert de ressources humaines et financières du gouvernement central ne suit pas. Lors de la dernière réunion du Conseil national de la décentralisation qui a eu lieu au Cameroun en septembre 2014, le Premier Ministre a réitéré l’appel aux différents ministres du gouvernement de veiller à ce que les ressources humaines et financières soient rapidement transférées aux conseils locaux dans tout le pays. Cette position a été étayée par le ministre de l'Urbanisme du Cameroun, Jean Claude Mbwentchou, au cours d'une émission, le 20 octobre 2014 diffusée sur la Cameroon Radio Television (CRTV).

En effet, les défis auxquels fait face l'urbanisation dans la région de la CEMAC sont faramineux. La première étape du redressement de ce déséquilibre commence par doter les villes dans les États de la CEMAC d’un plan d'urbanisation idoine. Repenser les villes ne signifie pas que les droits individuels doivent être piétinés. La plupart des individus ont obtenu des terres et ont construit en conformité avec les règles et réglementations étatiques. Il serait donc préférable que les États travaillent main dans la main avec les populations concernées sans violer les propriétés des citoyens innocents. Les États dans la zone CEMAC peuvent s’inspirer des expériences de Rabat au Maroc et de Durban en Afrique du Sud pour relever ces défis. À Rabat, par exemple, la ville a été restructurée de manière à ce que, dans les dix prochaines années, la croissance de la population soit contenue. L'État du Maroc, en partenariat avec les personnes physiques et les entreprises, ont créé des zones résidentielles dans la proximité très proche de Rabat, pour répondre au défi de l'hébergement de plus en plus préoccupant dans la ville. Un système de tramway, respectant l’environnement, a également été créé dans la ville pour décongestionner la circulation et offrir aux habitants un accès plus rapide à la ville.

Accélérer le processus de décentralisation est également pertinent pour relever le défi de l'urbanisation dans la zone CEMAC. Il est donc nécessaire pour les gouvernements centraux de la zone d’accélérer le transfert des ressources humaines et financières adéquates aux pouvoirs locaux, de manière à permettre aux maires et leurs collaborateurs de restructurer leurs communautés. Pour qu’une telle entreprise soit couronnée de succès, la professionnalisation des acteurs engagés dans le processus d'urbanisation, que ce soit au niveau central, régional ou local, est indispensable. Ces fonctionnaires doivent être initiés aux règles de l'art des processus d'urbanisation ainsi que la gestion des finances sans s'impliquer dans des pratiques de corruption. Il peut également être important de s'assurer que des postes de haute responsabilité soient accordés aux femmes dans la planification de l'urbanisation.

Si ces mesures sont prises en considération, plutôt que de tenir des ateliers et des sommets, la sortie du bourbier de l'urbanisation pourrait être durablement envisageable. Une grande partie de l'argent des contribuables serait ainsi utilisée judicieusement pour une cause noble et durable.

Chofor Che doctorant, analyste pour www.libreafrique.org.  Le 31 octobre 2014.