Zambie: Un manque de vision qui coute cher

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Zambie: Un manque de vision qui coute cher

Le bilan économique du Front Patriotique (PF) est au mieux lamentable, et au pire catastrophique. En mars 2014, dans une rubrique intitulée « La Zambie en chute libre sous la baguette de Michael Sata » et publiée par de nombreux journaux en ligne, je déplorais la façon dont la politique du PF a conduit l'économie de la Zambie vers le bas.

J’avais écrit alors: « Sur le plan économique, les politiques budgétaires et monétaires de ce gouvernement continuent de conduire le pays vers le bas et le marasme. Certains ont même suggéré que l'actuel ministre des Finances et son gouverneur de la Banque Centrale à l’époque étaient trop « vieux » pour gérer l'économie du pays dans un contexte de communication rapide et progrès technologique ».  À l'époque, Michael Sata était le président et Alexander Chikwanda était son ministre des Finances. En 2015, Edgar Lungu est le président et Alexander Chikwanda est encore le ministre des Finances. Le PF est encore au pouvoir, et la Zambie continue sa chute libre sous leur règne

En effet, la monnaie zambienne, le kwacha (K), est descendue à 8K par dollar (US) et peut encore baisser au-delà de 10K. On note un important déficit du compte courant parce que «  les exportations ont considérablement chuté ... tandis que les importations ont diminué à un rythme lent ». Certes, le ralentissement de l'économie chinoise a un impact sur tous les pays, y compris le Canada, mais ce n’est pas une excuse. Les politiques fiscales et monétaires des pays comptent aussi. La Zambie est sensible à tout mouvement mondial (tel que l’augmentation de ses taux d'intérêt par la banque centrale des Etats-Unis, la chute des principaux marchés boursiers mondiaux, etc.) parce que les politiques du PF ont entrainé une diminution des exportations de la Zambie et une augmentation des importations. La Zambie vit donc au-dessus de ses moyens. Pire, elle s’adonne de nouveau à l'emprunt à des niveaux insoutenables.

Toutes ces politiques ne profitent qu’aux 20% de riches. Jusqu'à présent, le gouvernement continue d'ignorer le secteur privé qui devrait être le moteur de l'économie. Depuis qu’Alexander Chikwanda est devenu ministre des Finances, il a seulement évoqué cette question du bout des lèvres. Il a déclaré en septembre 2015 que « La Zambie a besoin de tirer des leçons de la dépendance excessive à l'exportation de quelques produits de base. Le pays doit se prémunir contre les chocs extérieurs ».

 

Assez ironique, le ministre des Finances a fait allusion à la question de la diversification. Mais qu’est ce qu’a fait son gouvernement depuis plus de quatre ans pour traiter ce problème? Rien! C’est l'architecte du PF lui-même, Michael Sata, qui a dit que si parler était une industrie, la Zambie serait prospère. Ainsi on parle d'un cadre des dépenses à moyen terme (2016 à 2018) et de quelques généralités : de plafonner l'emprunt national, d'élargir l'assiette fiscale, etc. Cependant, cette chanson a déjà été chantée, et surtout pendant les élections. Ces promesses restent des mots.

Les réalisations économiques du PF en 2015, sous le gouvernement du président Lungu et Chikwanda, sont encore moins reluisantes que celles du gouvernement de Sata. Dans la seule année 2015, l’économie zambienne ne devrait croitre que de 5% au lieu des 7% prévus. Le déficit budgétaire quant à lui devrait être 5,5% au lieu des 4,6% prévus. Les recettes du cuivre vont baisser de façon significative à 2,6 milliards $. Cela fait presque 29,9% de déclin en comparaison avec le record de Sata en 2014 (Sata était un président malade). L'appellation de  « pays riche en cuivre, mais pauvre » hante la Zambie.

Le gouvernement PF n’a anticipé aucune politique de diversification alors que ça aurait du être une priorité. La Zambie a compté sur le cuivre depuis l'indépendance alors même qu’il se raréfie et que les marchés sont extrêmement fluctuants. La dépendance à un tel minerais fragile l’économie. La meilleure politique est de créer un environnement des affaires incitatif pour que le secteur privé puisse soutenir la concurrence mondiale.

Les problèmes de la Zambie sont liés à l'économie. Chaque leader qui aspire à la présidence doit, d'abord et avant tout, réfléchir à la façon d'améliorer la qualité de vie des citoyens. Chiluba a déjà résolu le problème démocratique. Le Président Lungu n’est qu’une partie du problème bien qu’il se trouve être président quand la Zambie est au plus bas économiquement. Le principal problème réside dans les choix politiques et économiques du PF qui manque totalement de vision. Pourtant, les grands leaders qui sauvent leur pays du marasme ont tous une vision. Il est grand temps que le Président Lungu en ait une pour sortir le pays du bourbier économique.

Charles Mwewa, Auteur de « Zambia-Struggles of My People ». Article initialement publié en anglais par African executive. Traduction réalisée par Libre Afrique – Le 20 novembre 2015