Impasse nord-coréenne : qui bluffe ?

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Ted Carpenter – Le 29 mai 2009. L’essai nucléaire de la Corée du Nord lundi dernier a immédiatement entrainé une tempête de dénonciations de la part de nombreux pays, et notamment des Etats-Unis. Le Président Barack Obama a déclaré que les Etats-Unis chercheraient à faire voter de nouvelles sanctions par le Conseil de Sécurité de l’ONU et a averti Pyongyang que la poursuite de son programme d’armement nucléaire ne ferait « qu’aggraver son isolement ». De nombreux signes indiquent que le régime de Kim Jong-il considère ces avertissements comme étant sans grandes conséquences.

Depuis des années la sagesse commune au sein de la communauté internationale et aux Etats-Unis est que la Corée du Nord utilise son programme nucléaire comme un moyen de négocier des concessions diplomatiques et économiques. Et, toujours selon cette logique, Pyongyang renoncera à son programme nucléaire, si le prix négocié lui parait assez élevé : les discussions à six parties ont effectivement été lancées sur cette hypothèse.

Mais il y a eu des signes inquiétants durant ces discussions, indiquant que la Corée du Nord fait simplement stagner le processus tout en continuant à traiter le plutonium et fabriquer des armes nucléaires. Bien que Pyongyang ait donné son accord « de principe » à renoncer à son programme nucléaire il y a plus de trois ans, les sessions de discussions qui se sont suivies ont échoué à poser les détails du processus. Il y a deux mois les dirigeants nord coréens prétextèrent une condamnation presque polie du Conseil de Sécurité de l’ONU après un essai de missile, pour se retirer des négociations à six parties. Et aujourd’hui voilà ce nouvel essai nucléaire, le deuxième en moins de trois ans.

Les dirigeants américains ont toujours déclaré que la Corée du Nord faisait face à un choix très clair : soit abandonner sa quête de l’arme nucléaire et devenir graduellement un membre normal de la communauté internationale, soit faire face à un isolement de plus en plus important. Mais les menaces d’isolement de la part de Washington sonnent quelque peu creux au vu de l’hésitation de longue date de la Chine à endosser des sanctions rigoureuses contre son client nord coréen.

En outre, même au delà de la protection (offerte par la Chine) contre d’éventuelles sanctions, Pyongyang pourrait bien avoir conclu qu’il est possible d’avoir le beurre et l’argent du beurre : profiter du statut de puissance nucléaire et être récipiendaire de concessions économiques et diplomatiques majeures. En effet, l’hypothèse selon laquelle la possession d’un arsenal nucléaire pourrait hâter, plutôt que d’empêcher, de telles concessions, serait parfaitement rationnelle.

Pyongyang est aussi conscient du fait que Washington a déjà tenté d’utiliser la stratégie de l’isolement contre d’autres nouvelles puissances nucléaires sans succès. Les USA ont cherché à obtenir de l’Inde et du Pakistan qu’ils inversent la vapeur après leurs essais nucléaires et le déploiement d’arsenal dans les années quatre-vingt dix. Ces mesures paraissent être des souvenirs ayant mal vieilli, étant donné que Washington s’affaire aujourd’hui à établir des liens avec les deux pays nucléarisés.

Les dirigeants nord coréens pourraient légitimement supposer qu’après leur colère, les USA et les autres pays finiront par accepter la nouvelle réalité et normaliseront leurs relations économiques et diplomatiques avec le tout nouveau membre du club mondial des puissances nucléaires.

Ted Carpenter est analyste au Cato Institute.