Jeunesse au Nigeria : Entre aumône et chômage

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Jeunesse au Nigeria : Entre aumône et chômage

M. Solomon Dalong, le ministre de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement fédéral du Nigeria a assuré que le All Progressives Congress (APC) commencerait le paiement de 5000 Naira (N) promis à la jeunesse nigériane en chômage lors de la campagne électorale, et ce à partir de 2016. Si l’on ne peut que saluer la bonne intention du ministre de la jeunesse, il est plus important de s’interroger sur la signification et la valeur de 5000 N pour des citoyens adultes pendant un mois plutôt que de s’extasier sur l'accomplissement d’une promesse de campagne du parti au pouvoir. Est-ce que le payement de 5000 N à la jeunesse nigériane créera des emplois et résoudra les problèmes de la pauvreté?L’APC et le ministre de la jeunesse ne disent pas aux Nigérians comment un citoyen adulte va survivre avec 5000 N par mois jusqu’au vote pour leur parti en 2019. Le ministre de la jeunesse et l’APC devraient s’interroger sur les défis en matière de chômage et penser à une approche appropriée pour créer des emplois et cesser ainsi de se moquer de la jeunesse nigériane. Nous attendions des élites au pouvoir du développement à travers la transformation de l'économie. L'espace démocratique dans lequel opère l’APC ne devrait pas être hostile. Il devrait créer un consensus autour des priorités de développement qui peuvent transformer notre économie. La capacité de l'APC à diriger nos affaires, à construire des institutions solides, à créer un espace pour les organisations de la société civile et renforcer la capacité de nos citoyens à participer à  la gouvernance, seront des facteurs déterminants pour mesurer sa capacité à générer le développement qu’il prêche et non pas la distribution de 5000 N.

Les emplois ne peuvent pas être créés et notre économie transformée à moins que, d'énormes investissements soient entrepris dans l'éducation et la santé, que la croissance inclusive soit promue, que l'infrastructure rurale soit développée pour limiter la désertification des campagnes, que des investissements massifs soient réalisés dans l'industrie, que des compétences humaines soient abondantes et que le crédit soit disponible à des taux d’intérêt bas. La question, donc, n’est pas tant de payer 5000 N par mois aux jeunes, mais quelles politiques et quels modèles de développement faut-il mettre en place pour créer des emplois, stimuler le développement et transformer les jeunes chômeurs en employés.

Les autorités savent-elles que l'une des façons de garder leur 5000 N et commencer à redéfinir une nouvelle voie pour le développement est de placer l'industrialisation au cœur du processus de développement? Sans l'industrialisation, nous ne pourrons pas construire une économie capable d’offrir des opportunités d’emploi et mettre fin à la pauvreté. Apparemment, tous les pays qui ont réussi à créer des emplois et à réduire la pauvreté l’ont fait grâce à des stratégies industrielles concrètes qui ont créé des emplois durables et décents.

Nous nous attendions à ce que l’APC remodèle notre système politique et crée des structures démocratiques au sein desquelles nous aurons des débats sur les problèmes auxquels nous sommes confrontés et sur les choix qui doivent être faits. L’APC a montré qu'il n’est pas tourné vers les préoccupations des citoyens ; leur capacité à comprendre ce qui se passe dans notre société est faible. L’adhésion au parti est motivée essentiellement par le copinage.

Je suis particulièrement inquiet, au regard de notre taux de pauvreté, de chômage et de l'insécurité. L'APC ne semble pas avoir compris que si la jeunesse n’est pas descendue dans la rue, c’est parce qu’elle croit encore que ses souffrances seront traitées par Bukhari. On peut s’attendre à une crise de légitimité qui va encore dégénérer en insécurité. L’APC n'a pas d'autre choix que d'agir et de faire les bons choix pour rétablir la confiance des citoyens en l'État. L'échec éventuel de l'APC sera une menace pour notre démocratie d’autant que de nombreux Nigérians plaçaient en eux beaucoup d’estime.

Ce n’est pas un tabou de donner aux Nigérians chômeurs 5000 N par mois, mais le ministre de la jeunesse et l’APC doivent comprendre qu'il y a beaucoup de travail à faire pour lutter contre le chômage. L'aspiration à créer des emplois ne suffit pas, ce qui importe le plus est de savoir comment créer les emplois. Ce que l'APC ne sait pas est que le Rwanda et Maurice ont travaillé dur pour leur peuple ; que Kwame Nkrumah, Thomas Sankara et Amilcar Cabral ont montré que vous ne pouvez améliorer la vie des citoyens que grâce à un leadership déterminé que l’APC doit acquérir.

Créer des emplois et lutter contre le chômage va au-delà du modèle de 5000 N. Certes, c’est une promesse de campagne, mais vous pouvez substituer à ce modèle brut un meilleur modèle de création d'emplois avec la participation des citoyens. Il est moralement répréhensible et inacceptable pour un ministre de la jeunesse, qui travaille prétendument pour le bien-être de la jeunesse nigériane, de promouvoir une « aumône » mensuelle de 5000 N comme un moyen de lutter contre le chômage des jeunes.

Audu Liberty Oseni, Responsable des programmes, Arm of Hope Foundation – Article initialement publié en anglais par African Executive – Traduction réalisée par Libre Afrique – Le 30 décembre 2015.