Catastrophes au Japon : une bonne nouvelle pour l’économie ?

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William Anderson - Le 28 mars 2010. Quiconque a lu le classique d’Henry Hazlitt L’économie en une leçon connaît le « sophisme de la vitre cassée » en économie. L'erreur est de penser que la destruction des richesses qui se produit en cas de catastrophes, naturelles ou causées par l'homme, a un côté positif : l'activité économique générée par la nécessité de reconstruire. Ce qui est occulté ici est comment les ressources accaparées par la reconstruction auraient été utilisées si la destruction n'avait pas eu lieu.

Frédéric Bastiat dénonçait cette erreur intellectuelle il y a plus de 150 ans, et pourtant beaucoup de gens par ailleurs cultivés en économie n’ont apparemment jamais retenu la leçon. Un des derniers exemples de cette analyse de la « bénédiction de la destruction » vient de Paul Krugman, lauréat 2008 du prix Nobel en économie :

« La catastrophe nucléaire pourrait finir par s’avérer être « expansionniste », si ce n'est pour le Japon, au moins pour le monde dans son ensemble. Si cela paraît fou, eh bien, l'économie de la trappe à liquidités est ainsi - rappelez-vous, la Seconde Guerre mondiale mit un terme à la Grande Dépression. »

Ainsi, le Japon est frappé par trois catastrophes : un puissant tremblement de terre, un tsunami, et des fusions de réacteurs dans une centrale nucléaire - et cela est considéré comme « expansionniste » ? Si l'on veut comprendre la faillite intellectuelle de la pensée macroéconomique moderne, Krugman fournit de belles preuves ici.

Krugman, pas tout seul

Cependant, ce que Walter Williams appelle une « folie économique » n'est pas limitée à Krugman. D'autres lui emboîtent le pas, affirmant que la destruction de biens au Japon est en fait une chose positive, économiquement parlant. Williams note d’abord ce que d’autres économistes « respectés » ont écrit:

« La folie économique abonde, et souvent les plus savants, y compris les lauréats du prix Nobel, sont les premières victimes. L'exemple le plus récent de la folie économique se trouve dans un article du Huffington Post intitulé The Silver Lining of Japan’s Quake (La lueur d’espoir du tremblement de terre japonnais) écrit par Nathan Gardels, rédacteur en chef du New Perspectives Quarterly, qui a également écrit des articles pour le Wall Street Journal, le Los Angeles Times , le New York Times, et le Washington Post.

M. Gardels s’explique : « Personne – et encore moins quelqu'un comme moi qui a connu la terreur existentielle des tremblements de terre réguliers en Californie et qui sait que le Big One est pour bientôt – ne minimiserait la douleur, la souffrance et les bouleversements causés par l’énorme séisme et le tsunami du Japon. Mais si l'on peut regarder au-delà de la dévastation, il y a une lueur d'espoir. La nécessité de reconstruire une large partie du Japon va créer d'énormes opportunités pour la croissance économique intérieure, en particulier dans les technologies économes en énergie, tout en stimulant la demande mondiale et accélérer l'intégration de l'Asie .... En remettant l’économie mature du Japon à sa place, Mère Nature a accompli ce que la politique budgétaire et la banque centrale n'ont pas pu faire. »

Larry Summers, professeur à l'Université Harvard, ancien conseiller économique de Barack Obama et secrétaire au Trésor de Bill Clinton, a déclaré que la catastrophe « peut, ironiquement, conduire à des augmentations temporaires du PIB alors que le processus de reconstruction a lieu. Dans la foulée du tremblement de terre de Kobe, le Japon avait effectivement acquis une certaine vigueur économique. »

Williams cite Bastiat, dans Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas :

« Entre un mauvais et un bon Économiste, voici toute la différence: l'un s'en tient à l'effet visible ; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir. »

Williams demande alors:

« L'économie japonaise bénéficierait-elle de davantage d’opportunités pour la croissance économique si le séisme et le tsunami avaient également frappé Tokyo, Hiroshima, Yokohama et d'autres grandes villes ? Les terroristes du 11 septembre nous auraient-ils fait une faveur économique encore plus grande s’ils avaient détruit des bâtiments dans d'autres villes ? La croyance que la société tire avantage de la destruction est une folie. »

Logique implacable

La logique de Williams est implacable, mais encore une fois une telle sagesse est occultée au profit de la folie de « logique » keynésienne sur les prétendus avantages de la dépense. Comme nous l'avons vu avec ceux supposés être les mieux instruits en économie, les études supérieures formelles de la discipline dans certaines de nos institutions académiques les plus imposantes ne fournissent pas la garantie qu'une analyse économique saine sera apprise.

Non, le Japon n’est pas en train de connaître les bienfaits de la destruction. Les Japonais connaissent l’horreur pure et simple. Faire passer cette tragédie pour un triomphe économique n'est pas seulement de la mauvaise analyse économique, c'est une obscénité.

William Anderson est professeur associé d’économie à l’université d’état de Frostburg aux États-Unis. Cet article est une traduction d'un article paru originellement dans le FreeMan (www.TheFreeManOnline.org).